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11 Octobre 2018

Louis-Charles Poulin - lcpoulin@lexismedia.ca

Des questionnements sur l’avenir de la production laitière

Des questionnements sur l’avenir de la production laitière

©La Petite-Nation - Louis-Charles Poulin

La Ferme Desleduc est l’une des nombreuses entreprises affectées par la brèche créée par la nouvelle entente.

ENTENTE. Le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) fait se questionner sur leur avenir les fermes laitières de Papineau, dont celle de la famille des Leduc situés à Lochaber-Canton. 

Avec les nouvelles parts de marché cédé au pays de Trump, le propriétaire de la Ferme Desleduc, Steve Leduc, calcule qu’il perdra 22 000 $ par année avec cette nouvelle entente. Si on additionne le traité avec l’Europe le Partenariat transpacifique (PTP), c’est 54 000 $ que perd l’entreprise laitière familiale annuellement. «Sur dix ans, c’est 540 000 $! C’est considérable!», lance celui qui devra trouver des solutions pour faire face à ce manque à gagner.

«C’est comme si je disais à quelqu’un que demain matin son salaire allait passer de 12$ à 8,50$. Je ne suis pas certain que cette personne, qui s’est engagée financièrement à payer son loyer, son téléphone et certaines dettes, serait heureuse de voir son taux horaire baisser. On se bâtit un historique de paiement selon nos paiements et les entreprises laitières c’est la même chose. Inévitablement, quand tu perds du marché comme ça, il faut restructurer l’entreprise.»

Avec ses vaches qui produisent 1,6 kilo de matières grasses, il est difficile à son avis de s’améliorer au niveau de la performance de son entreprise qui est détenue par sa famille depuis cinq générations. «C’est soit que je mets un employé dehors et que je fais plus d’heures, que je restructure financièrement, que j’allonge mes paiements ou que je me tourne vers un autre domaine», évoque-t-il en réfléchissant à des solutions pour pallier le 22 000 de pertes qui s’ajoute avec l’AEUMC.

«Je suis en sérieux questionnement», confie celui qui, a 43 ans, ne se voit pas en faire plus, alors qu’il estime faire déjà amplement d’heures pour faire fonctionner sa ferme avec les autres membres de sa famille. «Quand tu arrives à un certain âge, ce n’est plus l’idéal de travailler 80 ou 90 heures par semaine et de commencer quand il fait noir et terminer à la noirceur. Ça fait 25 ans que je fais ce métier et physiquement je suis hypothéqué. J’ai des mains un peu bizarres qui ont pris une certaine forme à force de laver des pies de vaches. Mes mains ont développé un certain handicap», dit celui qui n’est plus sûr s’il veut voir ses jeunes enfants prendre la relève de la ferme dans le futur. «Est-ce que je veux asseoir mes enfants sur une chaise qui ballotte et qui risque de s’effondrer?», se questionne l’entrepreneur qui semble plutôt envisager la négative. 

«Avec la brèche qui est créée avec toutes les importations qui vont rentrer, je me questionne sérieusement sur l’avenir de la production laitière», fait savoir celui qui indique qu’il n’est pas possible pour les entreprises d’ici de compétitionner avec les producteurs américains qui ont beaucoup plus de moyens. M. Leduc envisage peut-être d’agrandir son érablière qui compte déjà 1000 entailles et d’accorder plus d’importance à ce volet dans le futur. «On va regarder si ça en vaut la chandelle d’investir à ce niveau-là» 
 
Caroline Martelle, qui vient de faire l’acquisition de sa ferme Karodou à Plaisance au début de l’année 2018, estime elle aussi que des répercussions négatives vont se faire sentir à long terme en raison de l’AEUCM. «Ils ont affaibli la gestion de l’offre, donc ça ne nous garantit plus un prix qui va couvrir notre coût de production. Pour une ferme du début de la relève, on n’a pas d’argent de côté et de liquidité pour rembourser nos dettes», explique celle qui n’est plus certaine d’avoir fait un bon investissement en devenant propriétaire de la ferme. Elle demande aux consommateurs et aux transformateurs de les supporter. 

Même son de cloche chez la ferme Chalsima, située à Notre-Dame-de-Bonsecours, qui trouve «moralement difficile» d’accepter de céder encore des parts de marché. Récemment, il a investi tout près d’un million $ dans son entreprise. «Je me demande comment je vais faire pour maintenir la survie de ma ferme», s’inquiète celui qui a des créanciers à payer. Il ajoute qu’il avait l’intention d’engager un nouvel employé, mais que la nouvelle entente va peut-être le faire changer d’idée.

De plus, il craint que les prochaines ententes gouvernementales viennent encore plus affecter la gestion de l’offre. «On vient d’ouvrir une grande porte d’entrée à la perte de ce système-là. Si ça tombe, on n’a aucune idée de ce qu’on va devenir», conclut-il.       

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