«Mini-Norbourg»: de la porno dans l’ordinateur de Marc Jémus


Publié le 17 mai 2017

Afin d’assurer sa propre défense, Marc Jémus, accusé d’avoir fraudé des dizaines d’épargnants au début des années 2000 avec l’aide de deux complices, a récupéré… des centaines d’images à caractère pornographique sur des disques durs stockés au quartier général de la Gendarmerie royale du Canada.

@R:Le 1er mai dernier, Jémus et son avocat, Me Jean-Michel Labrosse, ont passé la journée dans les locaux de la GRC à Ottawa afin de mettre la main sur le contenu de cinq disques durs.

Parmi quelque 120 000 fichiers identifiés et copiés par l’ex-homme d’affaires gatinois, plusieurs centaines se voulaient des images XXX.

«À ma grande surprise, les documents qui avaient été ciblés par l’accusé pour avoir une défense pleine et entière contenaient des centaines de fichiers pornographiques. Monsieur le juge, je ne sais pas quoi vous dire. Je suis abasourdie», a lancé la procureure de la Couronne, Me Geneviève de Passillé, en salle d’audience.

Les photos osées ne mettraient en scène aucun mineur, a spécifié la poursuite à qui l’entièreté des fichiers a été divulguée.

«On n’a pas ouvert chacune des photos, mais, à premier abord, on ne peut pas dire qu’il y en a», a souligné Me de Passillé.

«J’ai aussi demandé si on était capable de savoir s’il s’agissait de pornographie qui provenait d’Internet ou si c’était de la pornographie maison. Pour moi, divulguer de la porno que monsieur est allé chercher sur Internet a peut-être une moins grande conséquence que s’il s’agit de gens de son entourage», a poursuivi la procureure pour qui cette situation est une première en carrière.

Jémus se défend

Par la bouche de son avocat, le principal intéressé a nié être le propriétaire de ce matériel explicite.

«On a ouvert un premier fichier JPEG (sur un total d’environ 6000) et il s’agissait d’une lettre d’avocat numérisée, a répliqué Me Labrosse. Monsieur Jémus n’a pas souvenir d’avoir été en possession de cette pornographie. Il m’a rappelé qu’il s’agissait d’ordinateurs qui parvenaient d’un bureau par lesquels sont passés plusieurs employés. Effectivement, c’est malheureux. On n’a pas besoin de ces fichiers-là pour assurer notre défense. Ce n’est pas du tout pertinent.»

«On a demandé l’ensemble des fichiers, plutôt que de passer plusieurs journées au quartier général de la GRC, a enchaîné Me Labrosse. Ça aurait été une tâche presque impossible que de travailler dans ce local-là et d’ouvrir l’entièreté des fichiers. C’est la raison pour laquelle on a demandé l’ensemble de ceux-ci (120 000). On en a demandé plus que moins.»

En plus de celles pornos, des photos de famille, de mariage et de vêtements font entre autres partie du lot récupéré et copié.

Selon le ministère public, M. Jémus, avec la complicité de Robert Primeau et de François Roy, aurait floué entre 60 et 70 épargnants entre 2001 et 2005 pour une somme totale dépassant les 6 M$.

S’il est jugé coupable, il s’expose à une peine de détention maximale de 14 ans

Le procès prévu pour 43 jours avait pris son envol en avril 2015, puis avait dû être ajourné en raison de l’absence annoncée du juge de la Cour du Québec le présidant, Valmont Beaulieu.

Après un retour sur le banc au cours des derniers mois, le magistrat a de nouveau dû quitter ses fonctions pour une période indéterminée en raison de problèmes de santé.

La tâche a donc été confiée au juge Serge Laurin.

Les deux acolytes de M. Jémus ont pour leur part écopé de quatre de pénitencier après avoir reconnu leur culpabilité.

Un recours collectif de 10 M$ a également été intenté contre le trio qui se surnommait à l’époque le Power team.

Au civil, Marc Jémus a été reconnu coupable à l’automne 2014 de 28 chefs d’accusation relativement à des activités de placement illégal et de pratique illégale de courtier en valeurs.

Le tribunal lui avait alors ordonné de payer à l’Autorité des marchés financiers des amendes s’élevant à 240 000$, soit le triple de l’amende minimale prévue par la Loi sur les valeurs mobilières.

Toutefois, selon son avocat, il effectuera environ 1200 heures des travaux communautaires plutôt qu’acquitter la somme.