Espionnée parce qu'elle manifestait pacifiquement

Publié le 18 mars 2017

Ketty Nivyabandi a expliqué aux élèves pourquoi elle a dû s'exiler de son pays.

©Photo gracieuseté

CONFÉRENCE. Les élèves des groupes du programme d'études internationales de l'école secondaire Louis-Joseph-Papineau ont eu le privilège de recevoir Ketty Nivyabandi, une réfugiée burundaise exilée au Canada depuis maintenant deux ans.

Cette femme courageuse leur a exposé la situation actuelle dans laquelle vit le peuple du Burundi depuis que le président Pierre Nkurunziza a décidé de s'engager pour un troisième mandat de quatre ans alors que l'accord d'Arusha, signé en 2001 pour mettre fin à la guerre civile qui sévissait à cause des massacres engendrés entre les Tutsis et les Hutus, interdisait plus de deux mandats. Depuis 2001, il devait y avoir une alternance du pouvoir entre ces deux groupes. Le Burundi, ce pays africain voisin du Rwanda, a lui aussi été victime d'une crise politique qui opposait ces deux groupes distincts, et ce, depuis 1960.

En cette Journée internationale des droits des femmes, Mme Nivyabandi a voulu faire prendre conscience aux élèves combien ils sont chanceux de vivre dans un pays où la liberté d'expression n'est pas brimée. Au Burundi, les organismes humanitaires ne peuvent plus s'y rendre, les journalistes étrangers sont interdits, les radios qui n'appartiennent pas au gouvernement ne peuvent plus émettre: c'est maintenant une dictature, un régime totalitaire. 

À la suite de la réélection illégale du président  Nkurunziza en avril 2015, un groupe de femmes, dans lequel faisait partie Katie, a décidé de manifester pacifiquement afin de faire comprendre leur mécontentement au gouvernement qui bafouait plusieurs lois, entre autres celle d'élire un gouvernement de façon démocratique. À partir de cette manifestation, Katie a été ciblée par le gouvernement. Ses faits et gestes étaient dès à présent enregistrés. Se sentant menacée, elle a donc dû fuir avec ses deux jeunes filles afin de survivre.  Elle ne regrette en rien d'avoir manifesté, car elle croit que c'était son devoir de citoyen. En fait, le message qu'elle a voulu transmettre aux élèves est qu'on ne peut pas espérer mieux quand il y a une injustice si on n'est pas prêt nous-mêmes à s'impliquer pour apporter les changements nécessaires.

 

Lors de sa rencontre avec les élèves, Katie avait pour but de leur exposer toute les injustices engendrées par le pouvoir du président Nkurunziza: le peuple ne peut pas avoir une opinion contraire au gouvernement sans avoir peur des représailles, des personnes, des adolescents mêmes, sont emprisonnés sans procès et les politiciens de l'opposition sont assassinés. Son but était avant tout de faire éclater au grand jour ce qui se passe dans son pays natal, car peu sont au courant de cette tragédie humaine. Elle veut que ça se sache, qu'on en parle, que ça ne reste pas dans l'ignorance. 

Elle a terminé sa conférence en invitant les élèves à réfléchir à savoir comment ils pourraient changer les injustices, de quelle façon ils pourraient aider le peuple burundais ou même leur propre communauté. Cette dernière, bien qu'elle soit bien reçue dans notre pays, a l'espoir d'un jour retourner dans son pays lorsque la situation aura changé. Plus de 300 000 Burundais ont jusqu'à maintenant quitter le pays en raison de la crise actuelle se retrouvant dans des camps de réfugiés ou, pour les chanceux, accueillis comme réfugiés dans un pays.