Le pape Benoît XVI ayant accepté la démission de Mgr Ébacher à la fin de la semaine dernière après 32 ans de dévouement comme évêque, le Nonce apostolique au Canada (ambassadeur du Vatican auprès du pays) avait soumis une liste de trois candidats potentiels pour ce prestigieux poste et le choix s’est arrêté sur Mgr Durocher.
Âgé de 57 ans, l’homme originaire de Windsor, en Ontario, a été ordonné prêtre en juillet 1982 pour le diocèse de Timmins, avant d’être nommé évêque auxiliaire à Sault Ste-Marie en janvier 1997 et évêque d'Alexandria-Cornwall en 2002.
Second archevêque de l’histoire du diocèse de Gatineau, le nouveau venu s’est introduit avec humour lorsqu’il s’est adressé aux journalistes. «Je traverse d’un côté de la frontière et la coïncidence veut que l’une de mes belles-sœurs qui résidait au Québec déménage en Ontario ces jours-ci. On a dit que nous échangerions nos plaques d’immatriculation, tout simplement», a-t-il lancé d’entrée de jeu.
Il a dit considérer le nouveau défi que lui a confié l’Église comme motivant. «C’est un territoire que je ne connais presque pas, alors j’aurai tout à apprendre et à découvrir. Mais déjà, j’ai senti un bel accueil et une belle chaleur humaine en visitant les bureaux du Diocèse», a-t-il indiqué.
«J’entreprends cette tâche avec joie et enthousiasme, mais aussi un petit pincement au cœur, parce que je délaisse le Diocèse d’Alexandria-Cornwall après dix ans. J’espère que les gens apprendront à m’aimer», d’ajouter le détenteur de deux diplômes en théologie.
Il a mentionné ne pas avoir eu de réaction particulière lorsque le téléphone a sonné et qu’on lui a annoncé qu’on avait jeté son dévolu sur lui pour occuper cet important poste. «Vous savez, quand on devient prêtre, on ne le fait pas dans le but de devenir évêque ou archevêque. On le fait pour servir l’Église», soutient-il.
Le nouvel archevêque devra entrer en fonction dans un délai maximal de deux mois, soit d’ici le 12 décembre. Pour la période de l’intérim, un administrateur élu par le Collège des consulteurs gérera le Diocèse. Il n’est par ailleurs pas impossible que ce soit Mgr Ébacher.
Ce dernier, qui a lancé en riant que son «temps était fait» après autant d’années de dévotion, a louangé son successeur. «C’est quelqu’un avec une personnalité très riche, un homme très puissant au plan de la parole. En plus, il est parfaitement bilingue, chose précieuse pour un archevêché», a indiqué l’évêque émérite. «C’est avec joie que je lui remet le Diocèse. Avec un tel capitaine, ce sera dynamique», de renchérir l’homme originaire de l’Abitibi.
D’après Mgr Durocher, en plus d’être confronté à la différence entre les réalités des deux milieux, œuvrer dans une zone urbaine sera l’un des principaux facteurs qu’il aura à apprivoiser. «Dans ma carrière de prêtre, ça ne m’ait jamais arrivé, sauf peut-être à Sudbury», de dire Mgr Durocher. Celui-ci a également révélé que le chant fait partie intégrante de sa vie, ayant déjà chanté pour le Chœur de l’Opéra du CNA il y a 30 ans. «Ma devise est chante et marche», a-t-il indiqué tout sourire.
Ne manquant pas de dire qu’il détient un compte personnel sur Facebook, le nouvel archevêque n’a pas caché que ses 18 ans de moins que son prédécesseur auront un certain effet. «Le Vatican l’a dit, même l’Église doit s’investir dans le monde des communications», a-t-il dit, précisant toutefois qu’il n’est pas encore entré dans l’ère d’un autre média social: Twitter.
«C’est un territoire que je ne connais presque pas, alors j’aurai tout à apprendre et à découvrir. Mais déjà, j’ai senti un bel accueil et une belle chaleur humaine en visitant les bureaux du Diocèse» - Mgr Paul-André Durocher
Mgr Paul-André Durocher, qui a obtenu il y a 15 ans 1996 une licence en théologie sacrée à l'Université pontificale grégorienne, à Rome, pourrait bien avoir un second mandat puisqu’il saura la semaine prochaine s’il est élu vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), duquel il est présentement co-trésorier. Il sera absent en novembre en raison de ces fonctions.
Scandales sexuels et fermetures d’églises
Appelé à commenter les scandales sexuels qui ont éclaboussé l’Église catholique ces dernières années, entre autres à son ancien diocèse à Cornwall durant les années 60, 70 et 80, Mgr Durocher s’est montré clair même s’il a préféré ne pas trop s’aventurer sur le sujet en ce jour heureux. «C’est un temps de réflexion profonde, ça nous a obligé à se poser de sérieuses questions. On ne veut pas que ça se répète. Moi, ce qui m’inquiète, c’est la guérison des victimes», a-t-il lancé.
En ce qui a trait à la fermeture des églises, de moins de moins fréquentées, il a dit être entièrement conscient de cette réalité à laquelle sont confrontés bon nombre d’archevêques, particulièrement au Québec. Plusieurs ont d’ailleurs fermé leurs portes sur le territoire de l’archidiocèse de Gatineau durant le mandat de Mgr Ébacher.
«Ça fait 15 ans que je patauge dans les restructurations de paroisses, c’est la réalité. Comme partout ailleurs, j’imagine que ce n’est pas fini», de dire l’homme.
L'archidiocèse de Gatineau compte 53 paroisses et missions. La population de 256 800 catholiques est desservie par 45 prêtres, 25 prêtres religieux, 183 religieux et religieuses, 1 diacre permanent ainsi que 18 agents et agentes de pastorale.

