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Marco Veilleux, cap sur l'avenir

Marco Veilleux, simple et terre-à-terre.

Marco Veilleux, simple et terre-à-terre.

Publié le 11 Juin 2011
Publié le 13 Juin 2011
Michèle Marchand  RSS Feed

Une heure avec Marco Veilleux vous fait relativiser la tranquillité de votre vie. Mais vous fait aussi voir que bien des choses vont encore changer dans un avenir pas très lointain, à Thurso… et au Québec.

Sujets :
Bank of Canada , Forest Stewardship Council , Hydro-Québec , Thurso , Québec

Deux nouveaux projets sont en cours à la Fortress, nous annonce Marco Veilleux, Chief Operating Officer de la Fortress Speciality Cellulose à Thurso. «La prochaine opération c'est la levée des convoyeurs de connexion qui vont relier les infrastructures actuelles aux anciennes. Ils vont passer très haut au-dessus de la voie ferrée. Il faut renforcer la structure pour monter ça si haut dans les airs et y faire passer la tuyauterie, une passerelle et l'alimentation électrique. C'est prévu pour le 8 juillet. Mais il y aussi la Fortress Optical Feature qui est en train de s'implanter sur le terrain de l'usine dans un édifice désaffecté qu'on a remis à niveau. Ça va donner 15 emplois et être opérationnel au mois d'août. Ils vont y produire certaines composantes du papier monnaie pour la Bank of Canada.»

Un arbre = un baril de pétrole

Sa vision des choses? C'est bien simple: «Je vois un arbre comme un baril de pétrole et non comme des 2x4 et du papier, dit-il. On peut en extraire toutes les composantes, comme des sucres pour le domaine alimentaire et d'autres composantes pour faire du plastique, etc. Il s'agit de voir comment on peut utiliser le bois pour les besoins des différents marchés. Le bois est une ressource renouvelable à condition qu'elle soit bien exploitée et bien gérée. Je crois que c'est le cas avec le nouveau régime forestier. Je parle du bois franc, c'est notre domaine. L'avenir passe par le repositionnement. C'est ce qu'on fait ici, c'est ce qui est porteur et créateur de richesse.» À ce sujet, il ajoute, un peu plus loin dans l'entrevue: «On s'oriente vers la bioraffinerie. L'échéancier n'est pas défini pour ce domaine. Mais il faut bien apprendre à marcher avant de courir. Ce sera en opération d'ici 4 ou 5 ans. Ce n'est pas si loin.»

En 2013, nous explique-t-il ensuite, tout va changer radicalement dans la gestion des forêts au Québec. «Avant c'était les compagnies qui faisaient leur plan de coupe, mais ce système va être aboli et, à partir de 2013, c'est le Ministère qui va préparer le plan et mettre tout ça à l'encan. D'ailleurs, l'encan du premier plan pilote se termine dans 55 minutes.»

Pas du tout inquiet devant ce revirement de situation, il commente: «Ça ne m'inquiète pas. C'est un choix de société. À la suite de plusieurs interventions de différents milieux, il a été décidé de redonner accès à la ressource à plus de monde. Nous on embarque.»

Combien de bois cela représente? Un million de mètres cubes de bois à gérer chaque année.

Un marché en pleine croissance

Son plus grand défi dernièrement? L'exécution du chantier en cours. «On focalise là-dessus, dit-il. Tout en gérant la nouvelle équipe. Il y a beaucoup de formation à faire, il y en a pour 3 M$. C'est tout un défi de gérer la transition de la pulpe de papier à la pâte cellulosique. Avec le nouveau plan d'affaires, l'usine va avoir un des plus bas coûts d'opération au monde. La pâte cellulosique représente un marché, en croissance, de 3 M$.» L'usine, de par son positionnement, sera aussi beaucoup moins fragile à la faillite. Mais ce n'est pas tout. La Fortress va aussi produire de l'électricité qu'elle va vendre à Hydro-Québec. «On appelle ça une usine de cogénération. C'est une autre phase qui commence cet été et dans laquelle on investit plus de 80 M$. Comment ça marche? On va chauffer la vapeur à très haute pression et quand on va la ramener à la pression d'opération nécessaire pour produire de la cellulose, ça va faire tourner une turbine qui va produire de l'électricité. Ce qu'on produira en trop, on le vend à Hydro Québec pendant 15 ans. C'est la durée du contrat qu'on a avec eux. On va produire 20 mégawatts. Ça va abaisser les coûts de l'usine.»

L'importance de la Fortress dans le monde? «Elle va occuper 10% du marché une fois que l'usine sera convertie, affirme-t-il. Cela représente 200 000 tonnes par année dans un marché en croissance de trois millions de tonnes. La rayonne va remplacer le coton qui demande beaucoup de pesticide et d'eau et dont la facture environnementale est élevée. Les terres qu'occupe cette culture vont retourner à nourrir les populations. On a la certification FSC (Forest Stewardship Council) qui «étiquette clairement les articles fabriqués à partir de bois obtenu grâce à des pratiques forestières respectueuses de l'environnement» peut-on lire sur le site du FSC. La Fortress est promise à un grand avenir. Il ne faut pas avoir peur d'utiliser nos ressources renouvelables», conclut-il.

Des moments difficiles

Comment a-t-il lui-même vécu la transition? «On finit toujours par rire de nos pires expériences, mais je commence seulement à en rire. Une image reste toujours présente à mon esprit, dit-il. C'est la journée où j'ai dû annoncer aux gens que c'était fini. Ils étaient 300 personnes. L'image qui me reste c'est que j'étais assis dans mon bureau et que je voyais les gens quitter emportant leur coffre à outils. Ils se saluaient dans le stationnement. Mais tu voyais qu'ils ne pensaient pas revenir. C'était des pères de famille qui se retrouvaient sans travail du jour au lendemain. Même si je n'étais pas responsable de la faillite, ç’a eu tout un impact sur moi. C'était un moment difficile.»

Le meilleur moment? «Quand j'ai vu revenir les coffres à outil! On était 320, on est encore le même nombre. Mais ce ne sont pas tous les mêmes joueurs. Certains sont partis ailleurs, d'autres ont pris leur retraite. Il a fallu tout restructurer.»

Mais d'où lui vient cette aura de succès qui l'entoure? «Je n'aime pas qu'on dise cela, tranche-t-il. Le succès de la Fortress est un travail d'équipe. Il y a tellement de monde qui ont travaillé dans l'ombre. Une dizaine de personnes sont restées après la faillite. Ils auraient pu s'en aller et accepter d'autres emplois. Ils ont mis leur tête sur le billot et pris des risques personnels énormes. Des ministères aussi. Maintenant, ça va bien et on est tous contents. C'est tous ces gens qui ont fait un succès de cette affaire.»

Ses mentors, lui qui a un bac en Génie chimique à l'université de Sherbrooke? «Bonne question. Plusieurs personnes m'ont aidé que je ne nommerai pas, mais actuellement c'est nous les mentors de notre équipe.»

À 39 ans, opérateur en chef d'une entreprise de très grande envergure, avec un budget opérationnel de 130 M$/année (sans compter les investissements!), ce Beauceron d'origine, actuellement résident de l'Ange-Gardien, n'a que quelques mots pour définir son implication dans sa société d'accueil: «Je crois en les valeurs de la Fortress: rester simple et terre-à-terre. Le respect de la communauté, signer des engagements et respecter nos engagements. Ça me convient.»

- 30 –

Photo MarcoVeilleux1

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