«Ce n'est un secret pour personne, explique Pascal Audet, fondateur des Conseillers forestiers de l'Outaouais. Depuis 2006, l'industrie forestière canadienne est en crise.» Les pays émergeants comme la Chine, le Brésil et la Russie, envahissent le marché à bas prix, les usines ferment une à une. Des milliers d'emplois perdus. De moins en moins de bois coupé. Les exportations en baisse. Les prix et la production qui chutent. Il fallait faire quelque chose.
Le renouveau de la foresterieLa solution selon M. Audet: «Il faut arrêter de faire du papier et plutôt concevoir des produits à valeur ajoutée. Arrêter de concurrencer des marchés à bas coût et se tourner vers la haute technologie.»
C'est ce qu'il appelle le «renouveau de la foresterie». Avec plus de 10 000 sous-produits du bois, le choix est vaste: vêtements, films, détergents, peintures et colles, parfum et shampoing et même gomme à mâcher... «L'industrie n'a que l'embarras du choix pour innover et passer au niveau supérieur», explique-t-il.
«L'usine Fortress de Thurso, anciennement Papiers Fraser, est un bon exemple de ce revirement. Elle s'est tournée vers l'avenir. Elle ne produit plus de papier kraft mais de la pâte cellulosique qui sert à la fabrication de vêtements, de la rayonne.» Résultat: Des centaines de travailleurs retrouvent du travail.
Autre exemple, FPInnovations, un institut canadien de recherche forestier à but non lucratif, qui s'est donné pour but «de renforcer la compétitivité mondiale du secteur forestier canadien», peut-on lire sur leur site. «FPInnovations, toujours selon M. Audet, travaille donc présentement à un nouveau matériau issu de la fibre de bois et qui utilise une molécule de taille nanométrique, la nanocellulose cristalline (NCC). Ces cristaux extrêmement résistants et légers sont séparés de la fibre de bois par un procédé chimique et mélangés à de la peinture, du vernis ou du plastique pour en augmenter la dureté et la résistance. La NCC agit au niveau moléculaire de la même façon que les tiges métalliques dans le béton armé.» Présentement en balbutiement, cette technologie est très prometteuse, selon le conseiller en foresterie.
Un autre exemple d'innovation: Clean Water Service qui s'occupe de la gestion de l'eau en Orégon. Au lieu de construire à coup de millions un refroidisseur d'eau pour sauver la rivière Tualatin aux prises avec un problème de surchauffe, l'organisme a trouvé une solution très économique: reboiser les berges... La rivière est moins polluée, plus poissonneuse et plus agréable.
Autre grand défiL'aménagement durable des forêts est un défi de taille, mais un texte signé Pascal Audet veut démystifier un point: «Nous avons longtemps entretenu la croyance selon laquelle les grandes forêts vierges et anciennes étaient les poumons de la terre et qu'elles produisaient beaucoup d'oxygène. Des études scientifique ont prouvé que les forêts produisant le plus d'oxygène sont celles dont on exploite le bois», peut-on lire dans Le Baliveau, bulletin des Conseillers forestiers de l'Outaouais, daté d'avril 2011.
Mais un enjeu assez complexe de la loi sur l'aménagement durable des forêts qui entrera en vigueur en 2013, selon M. Audet, serait que «cette loi va complètement changer la tâche des décideurs en forêt. Avant, c'était les usines qui décidaient, maintenant ce sera le gouvernement. C'est eux qui vont devoir vérifier la conformité des travaux, planifier et coordonner ces travaux. Ils vont avoir du pain sur la planche. C'est tout à fait une autre expertise et cela amène une certaine incertitude dans le milieu. Un autre problème présentement, c'est que l'agenda des travaux ne permet pas aux travailleurs d'avoir un travail constant. C'est très préoccupant.» À suivre.

